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MARCEL PONCET( 1894 - 1953 ) 

  

Aîné d’une famille catholique de cinq enfants – ses frères, l’un d’eux futur chanoine de l’abbaye de Saint-Maurice, l’aideront dans sa carrière artistique –, Marcel Poncet passe son enfance et sa jeunesse chez sa marraine qui le soutiendra financièrement. En 1910, il entre à l’Ecole des beaux-arts de Genève où il se lie d’une amitié durable avec le sculpteur vaudois Casimir Reymond. Quatre ans plus tard, après avoir complété sa formation de verrier dans l’atelier Krachten à Carouge et obtenu le Prix Lissignol pour un vitrail intitulé Les Vendanges de Bonn (1913), il ouvre son propre atelier de verrerie, tout en suivant les cours du soir donnés par Ferdinand Hodler à l’Ecole des beaux-arts de Genève. Il devient membre de la section genevoise de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses et obtient ses premières commandes.

Dès 1915, sous le patronage artistique de Maurice Denis, il collabore, avec d’autres artistes de sa génération, parmi lesquels Alexandre Cingria, à la décoration de deux églises particulièrement importantes pour le renouveau de l’art sacré en Suisse romande: Saint-Paul à Grange-Canal et Notre-Dame à Genève. En 1919, pour défendre le renouveau de cet art, il fonde avec Alexandre Cingria, Georges de Traz, François Baud et Marcel Feuillat, le Groupe de Saint-Luc et Saint- Maurice. La même année, il gagne le concours sur invitation de la cathédrale de Lausanne pour laquelle il réalise deux grandes verrières (Les quatre Evangélistes, 1922; La Crucifixion, 1927) qui susciteront de vives réactions dans les milieux traditionnels. En 1919 et 1920, il entre dans les Commissions du Musée des arts décoratifs et de l’Ecole des beaux-arts de Genève. Ces mêmes années, la Société française de Saint-Gobain construit une usine à Bossey-Veyrier (Haute-Savoie) pour permettre à Poncet de produire du verre soufflé à l’échelle industrielle; mais l’aventure tourne court. Jusqu’en 1922, il exécute la majorité des vitraux et mosaïques de Maurice Denis

Dans les années 1920, Poncet réside partiellement à Paris où un lien tout particulier le lie au sculpteur Antoine Bourdelle. Dès 1923, après avoir épousé l’une des filles de Maurice Denis, Anne-Marie, dont il aura trois enfants, il s’installe dans la maison de campagne vaudoise sise à Vich que lui a léguée sa marraine. Il y aménage un atelier muni d’un four dans lequel non seulement il conçoit, mais exécute ses propres vitraux (coupe des verres, sertissage des plombs, montage provisoire, pose de la grisaille).

En 1933, il reçoit la Bourse fédérale des beaux-arts et, en 1944, une bourse de la Fondation Pro Arte de Berne. Dès 1934, il expose régulièrement à la Galerie Vallotton à Lausanne. Par ailleurs, il participe à plusieurs expositions collectives, parmi lesquelles il faut noter l’Exposition nationale suisse des beaux-arts à Genève en 1946. De 1945 jusqu’à la fin de sa vie, il enseigne à l’Ecole cantonale de dessin de Lausanne dirigée par Casimir Reymond. Si, de son vivant, Marcel Poncet connaît un succès d’estime parmi un cercle restreint d’amateurs, il n’aura jamais la notoriété de certains de ses contemporains: la grande rétrospective posthume qui lui est consacrée en 1955 par le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne restera un événement isolé.

Avec Alexandre Cingria, Marcel Poncet est l’un des rares artistes en Suisse romande à faire preuve d’un profond intérêt pour le travail du verre dans la première moitié du XXe siècle. C’est sans conteste dans ses vitraux que son apport à l’art de cette époque est le plus original. L’usage de larges morceaux de verre monochromes ou au contraire violemment contrastés, rehaussés d’une grisaille sombre posée avec sensualité, donne à son œuvre une force primitive: concentration du regard, frontalité des figures, élongation des silhouettes, gestes hiératiques et fonds indistincts, tous ces éléments rappellent les personnages mystiques, d’inspiration byzantine, d’El Greco, dont le maniérisme singulier inspire Poncet à maintes reprises.

Dès 1925, Poncet renoue cependant avec la peinture et le dessin, techniques qu’il avait jusque-là délaissées au seul profit du vitrail. Réalisations de vitraux et de mosaïques alterneront avec un œuvre pictural peu abondant, mais significatif, et un œuvre graphique où se mêlent, dans une grande parenté stylistique avec les autres techniques, mine de plomb, sépia, taille-douce et eau-forte.

Si ses premières œuvres portent encore l’empreinte de Ferdinand Hodler et de l’Art nouveau, Poncet développe rapidement un style personnel caractérisé par un clair-obscur puissant où l’obscurité, l’opacité l’emportent sur la lumière. Jusque dans les années 1940, des coloris sourds sommairement juxtaposés, une touche expressive favorisant la déformation des figures confèrent aux œuvres une dimension tragique proche de celles de Georges Rouault ou Oskar Kokoschka. Natures mortes et portraits, scènes de bordel et figures mythologiques sont les thèmes de prédilection de l’artiste; ils s’affirment dans des compositions fortement structurées visant à l’élémentaire, à l’essentiel: le trait se fait lourd, insistant, la pâte, épaisse, le cadrage, serré.

A partir des années 1940, la palette s’éclaircit, les couleurs deviennent lumineuses, les formes plus nettes au fur et à mesure que le cerne se renforce. Il signe alors d’importants ensembles de prophètes et d’apôtres en pied pour des églises romandes et alémaniques. Progressivement, il se rapproche d’une certaine abstraction – aplat des couleurs, répétition des structures, cadre architectonique affirmé – comme en témoignent ses dernières œuvres où la géométrie des formes prédomine dans un savant dégradé de tonalités.

 

Sophie Donche Gay, 1998 

 


 

Bibliographie sélective

- Sophie Donche Gay: Les vitraux du XX!e siècle de la cathédrale de Lausanne. Bille, Cingria, Clément, Poncet, Ribaupierre, Rivier. Lausanne: Payot, 1994
- Valentine Reymond: Marcel Poncet. Précédé d'un essai de Jacques Chessex. Paris: Bibliothèque des Arts, 1992 (Collection Art moderne)
- Marcel Poncet. Peintures, sépias, dessins, gravures. Vevey, Musée Jenisch, 1984. [Textes:] René Berger, P[ietro] Sarto. Vevey, 1984
- Marcel Poncet: La violence de l'esprit et la pitié du coeur. Textes rassemblés par Monique Silberstein. Lausanne: L'Age d'Homme, 1984
- Trois générations d'artistes. Maurice Denis, Marcel Poncet, Antoine Poncet. Paris, Musée Bourdelle, 1979. [Textes:] Michel Dufet, Geneviève Lamcambre, Jean Lamcambre [et al.]. Paris: Les Presses artistiques, 1979
- Eléments d'une bataille en clair-obscur. Portrait d'artiste de Marcel Poncet; film réalisé par Liliane Annen. Télévision suisse romande, 1973
- «Marcel Poncet (1894-1953)». In: Les cahiers d'art-documents, 1955
- André Kuenzi: Marcel Poncet. Neuchâtel: Editions du Griffon, 1953